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Contre les réformes Darcos

Quels contre-projets pour l’école ?

jeudi 18 décembre 2008, par gd44

Les débats dans le mouvement lycéens montrent une réelle interrogation sur l’école. Notre opposition aux mesure Darcos ne saurait être une défense du statu-quo. L’école actuelle - élitiste, sélective, ségrégative, normalisatrice et destructrice de tant d’enfants...- ne nous convient pas.
Ci dessous, quelques pistes de réflexions et d’actions pour inventer une école aux service de l’épanouissement des individus et du mieux être social.

Les principes fondateurs d’un droit à l’éducation

Hérités de la Révolution puis de la IIIième République, mis en œuvre de manière incomplète et critiquable par l’institution, les principes d’un droit non marchand à l’éducation sont aujourd’hui totalement remis en question.

Le premier est celui d’universalité développé par Condorcet dans son rapport sur l’instruction publique en 1792 ;

Le deuxième, l’égalité, a été ainsi affirmé par Jules Ferry ; ‘L’œuvre de notre temps est une œuvre pacifique, généreuse : faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui viennent de la naissance, l’inégalité d’éducation.’ (1870) ;

Le troisième est énoncé par Jean Jaurès dans un discours pour le Relèvement de l’Enseignement Public en 1888, la démocratisation ;

L’émancipation est le quatrième principe ainsi présenté par John Dewey en 1916 dans "Education and Democracy" : "Dans une société démocratique, l’éducation ne doit pas être conçue comme une pratique qui s’efforce d’habituer l’enfant à un système définitivement fixe d’institutions sociales, économiques et politiques ; au contraire, au lieu de veiller au maintien d’un statu quo, une société démocratique doit s’assigner pour tâche permanente son propre perfectionnement social".

Quatre principes que l’on trouve réunis dans la pédagogie que Célestin Freinet a développée par la coopération, l’individualisation, l’expression et la communication, le tâtonnement expérimental.

Construire une alternative éducative : Pour un système éducatif émancipateur, de la maternelle à l’université.

Un tel projet doit s’appuyer sur des principes fondamentaux et intangibles, qui ne peuvent être soumis aux lois du marché :

-  L’éducation est un droit, tous les enfants et les jeunes, jusqu’à l’actuelle fin du lycée, doivent y avoir un égal accès sur tout le territoire.

-  L’école, le collège, le lycée, ne sont pas seulement des lieux laïques de construction et d’acquisition des savoirs, ce sont aussi des lieux de socialisation et de construction de l’individu.

-  La mission du système éducatif est de donner à tous les jeunes, sans distinction d’aucune sorte, les repères culturels et les méthodes de la raison critique qui leur permettront d’agir librement sur le monde, c’est-à-dire de devenir des hommes et des femmes émancipéEs.

-  Les enfants et les jeunes ont des droits, qui doivent être respectés et mis en pratique.

-  L’université doit participer à la diffusion libre et gratuite des avancées de la recherche, au bénéfice de l’ensemble du corps social.

La mise en pratique de ces principes nécessite :

a) des pédagogies active s, permettant une approche des savoirs dans un cadre collectif et coopératif, par l’utilisation du processus de “ tâtonnement expérimental ” pour la construction des savoirs, par des projets collectifs et individuels ambitieux, par la maîtrise et le lien entre toutes les approches : artistique, linguistique, littéraire, manuelle, philosophique, scientifique, sociale, corporelle et technique. Parce que la réalité du monde qui nous entoure est source d’objets d’étude complexes, il faut maintenir toute la pluralité des approches disciplinaires et lui donner une cohérence globale, à l’opposé des choix excluants et mutilants d’options actuellement proposés au collège, ou des choix de modules proposés dans l’actuel projet de réforme des lycées. Il faut des enseignantEs supplémentaires pour encadrer les activités en petit groupe. De l’école primaire au lycée, aucun groupe ou classe ne devrait dépasser 25 élèves. Il faut pouvoir accueillir à l’école maternelle les enfants dès deux ans dans des conditions adaptées à leur âge : pas de groupe de plus de 20 enfants, un espace adapté à leurs besoins spécifiques.

b) Un système éducatif démocratique , permettant une scolarité sans ruptures ni orientations jusqu’à l’actuelle fin du lycée. Chaque enfant, chaque jeune, doit pouvoir s’attarder dans les domaines où il/elle est en difficulté tout en pouvant continuer sa progression dans les domaines où il/elle réussit, sans que l’inégalité de ses rythmes d’acquisition puisse induire des choix pénalisants pour l’avenir. Chaque enfant, chaque jeune, doit pouvoir bénéficier d’aide et de soutien adaptés dans le cadre même de la scolarité unique. Cela suppose entre autres des cycles pluriannuels débarrassés de la multiplication actuelle des évaluations-sanctions intermédiaires, l’absence de toute hiérarchie entre les savoirs, la fusion des trois voies de formation, professionnelle, technologique et générale, en une voie unique, polyvalente et polytechnique, jusqu’à la fin de l’actuel lycée.
Cela suppose aussi la mise en place d’une institution elle-même démocratique, débarrassée des structures hiérarchiques et respectueuse des droits fondamentaux, précisément pour la participation aux prises de décision. Dès l’école maternelle et primaire, il faut donner aux enfants et aux jeunes la place et la reconnaissance dont ils ont besoin en permettant l’apprentissage de la liberté au sein d’un groupe, par la participation active à la vie collective et sociale au sein de l’établissement. D’où la centralité de la coopération. Les parents et les partenaires éducatifs doivent être associés au fonctionnement démocratique. Au renforcement des pouvoirs des chefs d’établissements il faut opposer la direction collégiale et l’élection, l’intégration des tâches administratives dans le temps de service.
Cela suppose encore un système éducatif laïque national et unifié. Le dualisme scolaire doit disparaître.

c) Un corps unique des personnels , de la maternelle à l’université, donnant à chacunE un même statut de fonctionnaire d’Etat, un salaire égal pour un travail égal. Cela suppose la reconnaissance effective du rôle éducatif des personnels non enseignants, la refonte des IUFM, en opposition à leur disparition programmée, pour mettre en place une formation commune intégrant tous les acquis scientifiques et pédagogiques qui font de l’enseignement un métier qui s’apprend. Les fondements des pédagogies actives et coopératives doivent être connus de tous les personnels intervenant dans le système éducatif, parallèlement à une spécialisation nécessaire en fonction des niveaux d’enseignement.

d) Une université au service d’une société de la culture et de la connaissance , qui doit concilier trois types de missions : la formation professionnelle initiale et continue, le libre développement de la recherche, et la diffusion d’une culture en constant renouvellement auprès de tous les publics désireux de se l’approprier. Ces trois axes ne peuvent être menés de front que dans le cadre d’un service public national, laïque, unifié et donc non concurrentiel. La situation sociale des étudiantEs doit être améliorée par la création d’une allocation d’autonomie. Comme dans le second degré, au renforcement des pouvoirs des Présidents d’université, à l’entrée du patronat dans les conseils d’administration, il faut opposer la gestion démocratique par des éluEs sous contrôle direct des personnels.

Ces points ne sont ni exhaustifs, ni suffisants, mais ils nous semblent une base incontournable pour les débats à mener dans les assemblées, les réunions, les commissions qui ne vont pas manqué de se créer ici ou là, dans le cadre de la concertation annoncée.
Et n’oublions pas de ne pas perdre de vue le contexte et le cadre dans lequel de tels principes peuvent être amenés à s’exercer, car l’enfer est trop souvent pavé de bonnes intentions...


ce texte est issu d’un travail de synthèse réalisé par le GD 17 de l’Emancipation :
http://17.emancipation.fr/

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