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RETOUR SUR SIX MOIS D’ETABLISSEMENTS PÉNITENTIAIRES POUR MINEURS

mercredi 1er octobre 2008, par gd44

Interview d’un éducateur PJJ sur les EPM paru dans l’Envolée, le journal contre toutes les prisons.

PRISONS POUR ENFANTS RETOUR SUR SIXMOIS D’ETABLISSEMENTS PÉNITENTIAIRES POUR MINEURS

La loi Perben (2002) a entériné l’idée de construire des taules spéciales pour les enfants : les établissements pour mineurs ( EPM ). Elle se disait soucieuse de soustraire les jeunes au mauvais exemple des délinquants confirmés qui avoisinaient leur quartier de rétention ; elle a sur tout permis d’accroître le nombre de mineurs sous les barreaux, car il n’est pas du tout certain que les quartiers pour mineurs en maison d’arrêt disparaissent un jour. En parallèle, les CEF
(Centres éducatifs fermés) et les CER (Centres éducatifs renforcée) ont vu leur population augmenter. Dans ces centres, la grande menace –et effectivement, la sanction disciplinaire maximum– c’est le transfert des fauteurs de troubles dans les EPM. 
Jusqu’à une date récente, ils étaient au nombre de quatre : Meyzieu (Lyon), Lavaur (Tarn), Quiévrechain (Nord) et Marseille ( Bouches-du-Rhône). 167 mineurs y étaient enfermés. A grands renforts de publicité institutionnelle, le petit dernier est né le 5 février à Orvault, près de Nantes. L’objectif est d’en terminer deux autres courant 2008 à Porcheville et à Meaux (région parisienne). Toutes ces constructions devraient fournir 700 places de prison pour les mineurs.
En réponse à la mise en place des EPM, divers actes de protestation ont eu lieu : il y a eu l’occupation du chantier d’Orvault en février 2006, le carnaval anti-carcéral à Lavaur en mars 2006...En janvier 2008, les éducateurs travaillant en milieu ouvert ont lancé une pétition s’ouvrant sur : « La place des enfants n’est pas en prison. Nous ne travaillerons pas en EPM ! ». Ils étaient également présents à la manifestation contre l’inauguration d’Orvault. A l’intérieur, le refus de l’enfermement s’exprime par du sabotage, des incendies, des affrontements avec les surveillants, etc.
En ce début février, il y a une bonne nouvelle et une mauvaise. On commence par la mauvaise : le samedi 2 février, un prisonnier de 16 ans est mort dans l’EPM de Meyzieu. L’annonce officielle qui en a été faite le lundi suivant parle d’un suicide par pendaison. C’est, selon un médecin, l’effet paradoxal du « meilleur traitement à l’intérieur qu’à l’extérieur des souffrances morales et physiques de ces jeunes » : il était tellement heureux qu’il n’a pas pu le supporter. Aussitôt, la ministre de la Justice, Rachida Dati, s’est montrée solidaire du choc traumatique possiblement subi par tous ceux qui travaillent dans cette prison (gardiens, magistrats, éducateurs, médecin, psychologue). Tout droit descendue de son Olympe gouvernementale, revêtue d’un habit blanc dans le style télé-évangéliste, elle leur a distribué la bonne parole : « Je ne vous laisserai pas seuls. Je suis à vos côtés ». Il semblerait que les minots ne croient pas au paradis : c’est sous les huées que l’ange Dati a traversé la taule. Une manifestation a également eu lieu le 9 février.
Passons à la bonne nouvelle : le 4 février, deux prisonniers ont réussi à franchir les murs de l’EPM de Marseille au nez des caméras de surveillance de l’établissement. Le 11, ils n’étaient toujours pas repris.
Contre les articles mensongers d’une presse aux ordres et les retournements de l’administration pénitentiaire qui profite du suicide pour vendre un peu plus sa soupe éducative suintant la bonne conscience, voici la retranscription d’une interview radiophonique de Bruno. Il est éduc. Il ne travaille pas en EPM, mais il a « des collègues qui y sont allés ». Il décrit comment ils se sont vendus à la pénitentaire.

L’ENVOLÉE : On nous présentait les Etablissements pour mineurs comme une espèce d’école avec des murs autour : les jeunes allaient être pris en charge du matin jusqu’au soir, avec tout un tas d’activités plus intéressantes les unes que les autres et 10 éducateurs par môme...

BRUNO : Il y a en a déjà cinq, et deux qui vont ouvrir dans la région parisienne. On a déjà eu des retours au bout de quinze jours : à Mézieux, un éduc’ et un maton qui n’étaient pas capables de faire rentrer un mineur dans sa cellule ont fait appel aux ERIS (équipes régionales d’intervention et de sécurité). La conséquence de leur intervention, c’est que ces mineurs ont cassé leur cellule après le passage des ERIS ; ils sont repassés en jugement, en comparution immédiate, et ont été condamnés de nouveau, à de la prison ferme.
Le soi-disant « travail éducatif » n’a fait que rallonger leur peine. Des gens censés faire de l’éducatif se sont rendu compte que ce n’était pas possible. Le mélange des genres,ça amène une répression encore plus forte ; alors que quand l’interlocuteur, c’est directement les matons, chacun sait à qui il a à faire, et je pense que c’est beaucoup plus clair pour tout le monde ; dans le sens où ces lieux-là existent.

ENV. : Toi, tu as été en contact avec un éduc’ qui prétendait « faire de l’éducatif » dans ces prisons...

B. : Une des premières choses qui leur est arrivée quand ils sont arrivés dans ces prisons, c’est qu’on leur a remis un trousseau avec les clés des cellules, alors qu’il était convenu que jamais ils ne les auraient, puisqu’ils n’étaient pas matons et n’avaient pas à ouvrir et fermer les cellules. L’administration leur a répondu que les trousseaux avaient été faits avant leur arrivée et qu’on ne pouvait pas dissocier les clés des cellules de celles des bureaux. On leur a dit qu’ils n’auraient à ouvrir et fermer les cellules qu’en cas d’urgence : au bout d’un mois, l’urgence était quotidienne, puisqu’ils ouvraient les cellules autant que les matons, qu’ils remplaçaient dès que ceux-ci n’étaient pas là pour laisser les gamins aller en activités. Ce tour de passe-passe de l’administration a bien fonctionné.
Le deuxième coup a été la prime promise à ceux qui iraient travailler en EPM ; beaucoup y sont allés pour ça, pour les cinq mille euros annuels promis. L’administration a ensuite dit que ça comprenait les primes déjà existantes, liées au travail d’éducateur classique, et que la prime de risque ne pourrait pas leur être donnée : contrairement à un éducateur en foyer, qui prend des risques parce
qu’il est seul avec des jeunes, en EPM, les matons et les ERIS sont là pour ça –pour qu’il n’y ait pas de risques. Ces éducs croyaient à la « liberté » dans les EPM ; ou en tout cas, ils employaient le terme...
C’est dangereux ; on arrive à employer des mots qui n’ont rien à voir avec la prison : « éducation »,
« liberté »... et ils essaient de convaincre les gens qui y bossent que c’est normal. Comme si la prison était un lieu accessible à la culture, où on peut faire du sport, suivre une scolarité... C’est une logique si dangereuse que certains gamins préfèrent rester en prison plutôt que d’aller dans les CEF
(centres éducatifs fermés), parce qu’ils sont sûrs d’avoir des activités et que les règles y sont plus claires ; dans les CEF, tu risques de retourner en prison dès que tu manques au règlement.

ENV. : Les prisonniers seraient-ils moins naïfs que ceux qui tra- vaillent dans les prisons ?

B.:Les éducateurs qui travaillent dans les EPM et se font traiter de « surveillants », s’ils ont les boules, c’est parce qu’ils ont tellement rêvé que leur fonction éducative soit reconnue ; et c’est les enfants qui leur renvoient leur véritable image.

ENV. : La vérité sort de la bouche des enfants !

B.:Il y avait eu tout un tabac autour du travail avec la famille ; la réalité, c’est que les éducateurs reçoivent les parents sur le parking de la taule parce que les EPM sont situés dans des zones inaccessibles, mal desservies par les transports, et qu’il n’y a pas de locaux pour les accueillir.
Les entretiens se font entre deux voitures, parfois sous la pluie. On voit également comment sont considérés les parents qu’on essaye –soi- disant– de replacer au centre de l’éducation de leur enfant.

ENV. : Quelle est la journée-type d’un éducateur dans un EPM ?

B. : La journée d’un éducateur n’est pas celle d’un enfant, car l’éducateur ne fait quasiment rien ; c’est pour ça que sa crédibilité en prend un coup.
En fait, on a mis des éducateurs pour faire croire qu’il y avait de l’éducation, mais toutes les activités sont assurées par des intervenants extérieurs, des prestataires de service payés, et les éducateurs ne font qu’amener les prisonniers des cellules aux activités. Le seul travail qui pourrait s’apparenter à de l’éducatif, c’est de surveiller la cantine à midi... Et leur vraie préoccupation, c’est les jets de purée ; du coup, ils ont échelonné l’horaire des repas pour éviter ce moment collectif. De toutes façons, les éducateurs –et même les cadres de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse)–
n’ont aucun pouvoir décisionnel à l’intérieur des EPM : tout est dans les mains de l’AP.
A Lavaur, il y a eu une grève des éducateurs, à cause des primes (seulement deux d’entre eux n’étaient pas d’accord avec les revendications) : et cette grève n’a absolument pas gêné le fonctionnement de la prison. En fait, ils ne font vraiment rien.

ENV. : Ils cautionnent l’existence des ces prisons pour mineurs ; ce n’est pas un job, c’est une mission...

B. : en plus, ils fonctionnent en binôme : un éduc’, un maton.
Comme ça, il y a une vraie confusion des genres et des rôles, et ceux qui croyaient qu’ils pourraient faire bouger les choses de l’intérieur se rendent compte que tout est verrouillé. Même en dehors de l’éducatif, les éducs n’apportent strictement rien aux gosses. Au départ, ces EPM étaient une mise en conformité : la France se faisait taper sur les doigts par l’Europe, ils ont essayé de retourner ça en
disant qu’ils avaient pensé à un nouveau projet éducatif permettant de vider les quartiers pour mineurs des taules pour majeurs. Si ça avait été le cas, on aurait eu moins de mineurs incarcérés ; environ 800 de moins.
C’est pas du tout comme ça que ça a été fait : la réalité, c’est que tout reste ouvert et qu’on augmente le nombre de mineurs incarcérés. Anecdote : quand les prisonniers doivent être transférés pour des raisons disciplinaires et qu’ils ont du mal à employer la force de peur que ça ne dégénère, la nouvelle pratique des matons pour les faire sortir de cellule, c’est de leur dire que leur avocat les attend.

L’Envolée

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