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Tribune libre dans l’Humanité

Pourquoi la fermeture des EPM ?

17 mai 2008

lundi 19 mai 2008, par gd44

Emancipation a obtenu la parution d’une tribune Libre dans les pages débats du journal l’Humanité du 17 mai 2008 à propos de l’enferment des Mineurs

POURQUOI FAUT-IL OBTENIR LA FERMETURE DES EPM ?

La place des enfants n’est pas en prison.

Le suicide d’un adolescent à l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Meyzieu en février 2008 est venu rappeler dramatiquement qu’un EPM restait une prison avec son cortège de violences subies et la loi du silence.

Malgré le peu d’informations qui franchit leurs murs d’enceinte, on recensait en février 72 tentatives de suicide pour 160 jeunes incarcérés.

On note aussi l’intervention des ERIS (équipes régionales d’intervention et de sécurité, qui interviennent encagoulées pour remettre de l’ordre dans les prisons) au moins à Meyzieu et à Lavaur, des conditions de travail déplorables pour les personnels éducatifs, sociaux ou de soin...

Quant aux jeunes détenus, rappelons qu’un grand nombre le sont au titre de la détention préventive et que le séjour moyen des mineurs en prison est inférieur à trois mois !

Le quotidien des EPM c’est le risque permanent de l’explosion de jeunes confrontés à une vie collective brutalement subie et sans issue.

Ainsi des surveillants de l’administration pénitentiaire demandent à muter , alors même qu’ils étaient volontaires.

Chez les enseignants recrutés sur profil beaucoup ont démissionné, ou enchaînent les arrêts de maladie.

Quant aux éducateurs -PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), qui dans leur majorité sont des jeunes récemment formés, la plupart découvrent l’impossibilité du travail éducatif en détention, et qu’ils sont au mieux les instruments de pacification de la pénitentiaire.

Les EPM restent présentés comme un modèle de détention, d’éducation et de réinsertion. Pourtant, la plupart des quartiers pour mineurs ont été conservés et servent à trier les jeunes. Citons ainsi des transferts punitifs de l’EPM de Marseille vers la prison de Borgo en Corse, après avoir décrété que ces jeunes n’avaient pas de visites.

En contradiction avec les décrets sur la détention des mineurs, des unités strictes sont utilisées dans une logique disciplinaire en EPM.

Aujourd’hui, l’habillage éducatif des EPM vole en éclats. La prégnance du système disciplinaire carcéral ne permet ni la parole libre ni les espaces de négociation.

L’éloignement des jeunes de leur famille est encore accentué.

C’est sur de tels constats que, dans le passé, les structures semblables furent fermées et que la prévention fut privilégiée.

Car la place des enfants n’est pas en prison, et aucun travail éducatif n’y est possible.

L’Etat a consacré 90 millions d’euros pour construire ces prisons de soixante places chacune, qui viennent s’ajouter aux quartiers pour mineurs. La capacité de détention des mineurs est portée à 1147 places pour une moyenne de 700 jeunes incarcérés par an !

Les EPM alimentent le risque d’une justice expéditive qui fait de l’ enfermement la réponse à tout délit.

La construction d’un seul établissement équivaut au fonctionnement de six foyers éducatifs de dix places, huit services d’insertion professionnelle, soit deux cent cinquante mineurs pris en charge, dix services de milieu ouvert , soit mille cinq cent jeunes suivis.

Et tandis que la direction de la PJJ transfère près de trois cents éducateurs en EPM, on déplore la fermeture des foyers d’accueil et la suppression de postes en milieu ouvert, ce qui aura pour corollaire une augmentation de passages à l’acte.

L’opposition à la construction des EPM n’a pas suffi mais depuis l’ouverture du premier établissement à Lavaur (Tarn) en juin 2007, les résistances se maintiennent.

Le 9 février , un rassemblement se tenait à Meyzieu à la suite du suicide du jeune Julien.

Parti d’Orvault (Loire-Atlantique) en février, le manifeste « Nous ne travaillerons pas en EPM » a gagné une audience nationale.

La transformation des collectifs anti-EPM en « observatoire » des EPM permettrait de fissurer le mur du silence qui entoure ces prisons, de refuser la banalisation de l’incarcération des enfants et de viser la fermeture des EPM.

Car, selon le mot de Victor Hugo « Quand on ouvre une école, on ferme une prison », on constate que l’époque est plutôt à l’ouverture de prisons et à la fermeture des structures éducatives, ou de postes d’enseignants.

Ce qui ne laisse indifférent aucun personnel de la culture, de l’éducation, de l’insertion ou de la formation.

C’est pourquoi la Fédération syndicale unitaire (FSU) a adopté une motion exigeant la fermeture des EPM.

E. Lefebvre
Emancipation Tendance intersyndicale

Article paru dans le journal « L’Humanité » du 17 mai 2008

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copie de la tribune dans l’Huma du 17/05/08

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