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Ascenseur asocial et suicide adolescent à Meyzieu

par Nestor Romero, Rue 89

lundi 18 février 2008, par gd44

Dans ce billet Nestor Romero constate que si l’ascenseur social est en panne, certains descendent malgré tout au dernier sous sol. Comment s’opposer à cette logique ? Nous ne pouvons que recommander la lecture des articles de Nestor Roméro à ceux et celles qui s’intéressent à l’éducation (Ainsi que de son livre sur les ZEP)
(GD44)

Ascenseur asocial et suicide adolescent à Meyzieu

Par Nestor Romero (Ancien enseignant) 06/02/2008

http://www.rue89.com/restez-assis/ascenseur-asocial-et-suicide-adolescent-a-meyzieu

Un adolescent vient de se suicider à l’EPM (Etablissement pénitentiaire pour mineurs) de Meyzieu, nous apprend Rue89 dans son article Prisons pour mineurs : série noire et polémique. Deux autres se sont évadés de celui de Marseille. Je viens d’entendre Rachida Dati parler de drame. Elle va donc s’empresser d’envoyer une escouade de psys. Car ces adolescents sont des malades, n’est-ce pas ? Alors pourquoi sont-ils en prison ?

Non, ce ne sont pas des malades, sauf exception bien sûr. Rachida Dati sait, comme tout le monde, mais pas mieux que tout le monde, que tout commence à la maison. N’ignorons pas, comme le fait le discours officiel, mais aussi celui de certains enseignants excédés, que le fait de naître dans un milieu socialement écarté de la culture dominante est extrêmement déterminant. Non pas que dans ces familles dites "défavorisées", les enfants ne soient pas aimés, que les parents ne soient pas angoissés par l’avenir de leur progéniture, mais simplement, c’est une telle banalité de le dire, ils ne baignent pas, ces enfants, dans la culture, le monde, la langue et les mots de l’école dans laquelle ils vont pénétrer.

Tout commence donc là et se poursuit à l’école. Le cheminement est bien connu : difficultés pour maîtriser une langue qui ne se parle pas à la maison, difficultés d’apprentissage de la lecture-écriture qui persistent jusqu’en sixième, jusqu’en troisième et bien au-delà pour ceux qui vont au-delà, passages, que dis-je, chutes régulières dont chacune meurtrit, de "mauvaises classes" en classes de "soutien", classes relais, ateliers relais et puis pour certains, les "bêtises" aidant, tous les "centres", fermés, renforcés, jusqu’à la prison, ces EPM, maintenant.

Il en est pourtant qui réussissent, dit-on, qui décrochent des BEP, des bacs pro ou technologiques . Il y a des "réussites" pour tout le monde, des "réussites" qui pour d’autres seraient des échecs cuisants. Car la seule réussite qui vaille est celle qui se choisit comme sont en situation de le faire ceux à qui le temps et les moyens culturels sont donnés et comme ne sont pas en situation de le faire ceux qui n’ont ni le temps ni les moyens.

Je sais bien tous les "ascenseurs sociaux" que l’on peut opposer à cette description. Une seule question, cependant : combien d’enfants du VIIe (où se présente Rachida Dati) dans les EPM ? C’est tout dire.

Et l’on sait bien pourtant ce qu’il faudrait faire : en finir avec les ghettos et favoriser la mixité sociale dans la ville, construire une école démocratique, c’est-à-dire solidaire, qui se donne pour première mission, non pas de produire des ressources humaines mais de déceler et d’éveiller en cet enfant-là les potentialités, les talents qui sommeillent, et de travailler à partir de ces talents, de ces dispositions, de ces potentialités.

Ce n’est évidemment pas la voie qui vient d’être empruntée. Le nouveau pouvoir s’est au contraire jeté dans celle de la compétition et du "mérite" pour la plus grande réussite de quelques-uns et l’exclusion de nombreux autres. De sorte qu’ils ont raison, ces éducateurs qui refusent de cautionner une telle politique et le disent publiquement dans leur manifeste "La place des enfants n’est pas en prison. Nous ne travaillerons pas en EPM !" C’est un acte digne que celui-ci.

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