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Etablissement de réinsertion scolaire : promotion et formation au pas cadencé !

mardi 10 mai 2011, par gd44

ERS : tel père, tel fils

Plusieurs centaines de policiers, presque autant de journalistes, Sarkozy et neuf élèves. Ne cherchez pas plus loin : c’est un ERS. Plus précisément celui de Bagnères-de-Luchon, visité par Sarkozy dans le cadre de sa campagne pour l’élection présidentielle. L’ERS : une structure baroque dont la caractéristique la plus remarquable est d’accueillir davantage d’encadrants - enseignants, éducateurs, surveillants - que d’encadrés. Autre élément déterminant : un ERS ne prend sens que par la magie d’une visite ministérielle ou présidentielle, comme c’est le cas aujourd’hui, toujours hautement médiatisée, à destination des journaux télévisés. Le téléspectateur moyen n’est pas censé faire le rapprochement entre les investissements surdimensionnés en personnel et en matériel réservés aux ERS, comme d’ailleurs, aux internats d’excellence, et les coupes sombres dans les effectifs de l’EN, qui touchent tout spécialement, comme on a pu s’en rendre compte, les établissements et les élèves les plus défavorisés. Une politique éducative réduite à l’image qu’en donnera le 20 heures.

Il est piquant d’entendre qu’« Il faut en finir avec l’omerta sur les violences scolaires » dans la bouche d’un politicien qui, aussi loin qu’on puisse remonter, n’a jamais guère parlé de l’école qu’à travers ce sujet-là et que le moindre incident à l’intérieur d’un établissement scolaire fait l’objet d’une attention médiatique aussi soutenue, voire davantage, qu’un incident à l’intérieur de l’enceinte de confinement d’un réacteur nucléaire. Au demeurant, Fukushima, c’est terminé.

« Les ERS, c’est un peu mon bébé », assure Sarkozy. Là, on ne lui donnera pas tort, la ressemblance entre le père et l’enfant est effectivement frappante.

ERS : sergent dans l’âme, inspecteur d’académie par hasard

Ce n’est pas vraiment une surprise : la collaboration privilégiée avec l’armée trouve sa source dans la circulaire du 29/06/2010 créant les ERS (Journal d’école, 16/07/2010). Le Parisien (06/05/2011) raconte le stage suivi par les élèves de l’ERS de Nanterre dans une caserne du coin. Pas de surprise là non plus : c’est un bide.

Extraits :

« (…) Le programme mêlait aspects très militaires et notions civiques : réveil aux aurores, treillis-rangers pour tous, du sport, des travaux d’intérêt général (TIG : le ménage dans le jargon militaire !), apprendre « la Marseillaise », s’initier au maniement d’un défibrillateur, découvrir le code du soldat, parcours d’obstacles, une visite au musée des Invalides, etc. Ils devaient aussi intégrer la science du paquetage, de la course d’orientation, du bivouac et s’adonner à une petite marche de 5 km. Un document émanant de l’inspection d’académie précisait, sans doute dans un excès d’optimisme : « Tous les déplacements se feront au pas cadencé (...)

Des espoirs en grande partie déçus. Cette semaine placée sous le signe de l’autorité s’est finalement révélée très tendue. Au point que la hiérarchie militaire a décidé de ne pas la médiatiser plus que cela. Peu désireuse que cette opération soit considérée comme un fiasco, la Grande Muette s’est montrée peu loquace. Selon nos informations, le stage a été marqué par des altercations à répétition et une hostilité ouverte à l’égard des encadrants militaires. Quand à « la Marseillaise », il n’y a pas que sur les terrains de foot qu’elle a été bafouée. « Certains la chantaient en rap en modifiant les paroles comme on peut l’imaginer, soupire un gradé. On a beau avoir essayé de les séparer, d’isoler ceux qui apparaissaient comme des meneurs, c’était très difficilement gérable. » Une des raisons de ces problèmes tient au statut de ces jeunes. Ils ont beau se trouver dans une enceinte militaire, ils restent mineurs et civils. Pas forcément formés à une pédagogie de pointe, les militaires se trouvaient donc limités dans leurs moyens de coercition. Impossible de leur imposer les traditionnelles séries de pompes en cas de manquement à l’autorité. « L’Education nationale a sans doute compté sur nous pour les mater… » résume un militaire avec amertume. Raté ! (…) »

De cette lubie de l’EN, on retiendra principalement :

- qu’il se trouve un inspecteur d’académie suffisamment stupide pour croire aux vertus éducatives de la marche au pas et de la Marseillaise. Croyance manifestement partagée par les enseignants d’ERS.
- qu’on ne s’improvise pas éducateur, comme les militaires concernés s’en sont rendu compte. Même si la logique de dressage montre ici toutes ses limites, l’inspecteur d’académie aura sans doute droit à la reconnaissance de sa hiérarchie…avec, peut-être, une petite prime, puisque c’est la norme aujourd’hui, dans l’Education nationale.


Voir en ligne : piqué sur Journal d’école

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