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Congrès du SNES à Perpignan : Démocratiquement, le Congrès décide... de ne rien faire !

dimanche 24 mai 2009, par gd44

En principe, l’affiche était plutôt alléchante : un premier thème consacré à l’école, le second aux politiques publiques, le troisième consacré aux alternatives économiques et sociales et le dernier au renouveau du syndicalisme.
Naïvement, on se dit qu’à plus de 450 délégués, il va peut-être sortir quelque chose de tout ça. Bon, à dire vrai, on n’est pas trop naïf non plus.

A première vue...

On sait que c’est le congrès du SNES, et que ça n’a qu’un rapport assez lointain avec les barricades. Mais cette année, il y a quand même un contexte assez explosif, dans notre secteur et bien au-delà, des luttes en cours, dans le primaire, dans le supérieur, et aussi les braises pas vraiment éteintes de l’année dernière dans le secondaire. De ce fait, il y avait largement matière à alimenter l’ordre du jour !
En pratique, ça a donné quoi ? Des débats très fournis au cours desquels toutes les délégations académiques et les différentes tendances ont réellement eu accès à la tribune, un travail d’amendement des textes très poussé mais pas toujours très lisible, et quelques discussions d’orientation autour des motions alternatives présentées par les tendances oppositionnelles. En termes de fonctionnement, il faut donc reconnaître un certain mérite aux statuts du SNES, dans la mesure où, malgré certaines lourdeurs, le congrès fonctionne, au moins formellement, de manière plutôt démocratique.

A y regarder de plus près...

Sur le fond, le bilan est nettement plus contrasté. Le syndicat sort de ce congrès avec une clarification des mandats du SNES sur le refus de la semestrialisation, sur la défense des services publics, sur la hausse des qualifications des personnels enseignants ainsi que sur l’amorce d’un rapprochement entre la FSU et la CGT.

Le premier point mis à part, dans la mesure où les sections académiques ont clairement désavoué les positions d’ « ouverture » de la direction sur la semestrialisation, le bilan est plutôt maigre, voire clairement insatisfaisant. Le débat sur les alternatives économiques et sociales a manqué de contenu et de précision, aussi bien sur la caractérisation de la crise actuelle que sur les perspectives esquissées. A l’heure où même les libéraux les plus acharnés le reconnaissent, le SNES a bien du mal à identifier les causes structurelles de la crise du capitalisme que nous traversons. Et il se contente bien souvent d’opposer des « services publics » à la « financiarisation de l’économie ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un peu court...

Sur la mastérisation, le SNES s’en tient à une position de principe complètement en décalage avec les revendications des étudiants présentant actuellement les concours. Plutôt que de revendiquer une reconnaissance du niveau master pour tous les enseignants ( qui, de fait, en comptant l’année de préparation du concours et l’année de stage, commencent tous à travailler à un niveau licence + 2), il persiste à cultiver l’ambiguïté sur les réformes à venir, ce qui pourrait être lourd de conséquence. On ne peut pas, sur cette question, s’en tenir à d’improbables espoirs de revalorisation salariale, sans prendre en compte les dangers de précarisation que représente la perspective de milliers de candidats malheureux aux concours mais susceptibles, au vu de leur formation professionnalisante, de fournir une « armée de réserve » de non titulaires.
Mais le plus préoccupant, c’est encore ce qui n’a pas, ou presque pas, fait l’objet de discussion lors de ce congrès. Sur la précarité, le SNES s’entête à refuser la titularisation immédiate et sans condition de tous les précaires, et s’en tient à des voeux pieux et à un certain déni à l’égard de la situation des collègues non titulaires. Sur la laïcité, la direction reste bien trop timorée face aux offensives affichées, ou plus discrètes, du chanoine du Latran. Enfin, et peut-être surtout, le Congrès s’est montré incapable de définir un dispositif d’action clair, qu’il s’agisse des demandes de soutien constantes de la part du supérieur en vue de la journée d’action du 2 avril, ou de la mobilisation interprofessionnelle initiée le 29 janvier.
Tout en affirmant que les revendications du supérieur « sont les nôtres », le Congrès a refusé d’appeler à la grève le 2 avril dernier et s’en tient au calendrier fixé par l’Intersyndicale dont il a pourtant souligné constamment le caractère tardif et insuffisant.

Et si on levait les yeux du guidon ?

Et c’est bien là tout le problème de ce Congrès : quel sens y a-t-il à produire un document de 50 pages sur l’école et les services publics que nous voulons si personne n’est finalement appelé à la défendre dans la rue ?

Indépendamment du fait que, comme nous l’avons indiqué, ce document est largement perfectible (sur de nombreux point, c’est même plus qu’ un euphémisme !), comment peut-on croire une seule seconde que l’essentiel consisterait aujourd’hui à fournir une plate forme complète en vue d’un hypothétique « dialogue social » avec le ministère ? Disons les choses clairement : en l’absence de toute mobilisation tangible et sérieuse des personnels, le projet du SNES pour l’école et les services publics, tout le monde s’en fout, à commencer, bien sûr, par le ministère. Pourtant, à l’appel de la direction, la majorité du Congrès a repoussé les propositions d’action avancées par Emancipation en vue de mettre en exécution les mandats qu’il venait lui-même de se fixer... Il y a là une forme d’aveuglement plutôt surprenante de la part de la direction U&A, celle-ci persistant à croire à ses capacités de négociation indépendamment de tout rapport de force ! Sans doute faut-il y voir l’indice d’une direction en bout de course, désormais coupée des fondamentaux de l’action syndicale.
En définitive, c’est donc probablement ce que ce Congrès avait de plus inquiétant : le contraste entre un débat contradictoire relativement riche et des revendications générales en partie défendables, et l’absence complète de débouché stratégique. De ce point de vue, il est clair que le SNES souffre de la division de ses tendances oppositionnelles, certaines hésitant à s’engager clairement contre l’exécutif qui est pourtant largement responsable de cette absence d’orientation stratégique. Il conviendra sans doute à l’avenir de coordonner davantage les efforts militants en vue de construire un véritable axe alternatif de lutte dans le syndicat, de manière à ce que le SNES ne s’installe pas définitivement dans le rôle d’orchestre du Titanic.


téléchargez le bilan complet d’Emancipation au congrès 2009 du SNES (Document joint - pdf compressé (ZIP) - 28 page, 1,4 MO)

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